Cegrand livre posthume d'Allan Bloom part d'un constat anxieux : le lien humain se dĂ©fait. Non par l'effet de quelque fatalitĂ© extĂ©rieure, mais simplement parce que nous le voulons ainsi : nous nous voulons de plus en plus des "individus libres et authentiques" , eh bien, nous avons ce que vous voulons, nous avons, au lieu de l'amour ou de l'amitiĂ©, des "relations sexuelles" ou des Salongue lettre de recommandation pour la traduction que je fis du roman L'hiver de Gunter de l'Ă©crivain paraguayen Juan Manuel Marcos, permit Ă  mon manuscrit d'ĂȘtre publiĂ© par les Editions L'Harmattan de Paris. Nous accompagnĂąmes l'auteur Ă  la prĂ©sentation du livre pour ce qui devait ĂȘtre le dernier voyage de RubĂ©n en France, pays qui lui avait offert un hĂąvre de libertĂ© et un Lafantasy sera au cƓur du sujet avec Le Clan de l’ogre Advar pour les 7+, un joli roman d’amitiĂ© et de tolĂ©rance de Vincent Raffaitin, Charlotte et l’esprit du dragon et La SorciĂšre de Croulemotte pour les 8 +. Pour les 9+ on dĂ©couvrira un nouvel Étincelles, Le Sablier de l’arbre sacrĂ©, une quĂȘte trĂ©pidante avec une drĂŽle d Ten Va Pas Sous Ma Robe Douce Violence A La MĂȘme Heure Dans Deux Ans Je S'rai LĂ  Je Porte Mon Coeur Sur Ma Main Caravane Qu'est-ce Que çà Peut Lui Faire Chaque Jour Est Un Long Chemin Solo era un sueño (version espagnole de « Jour de neige ») Jamais Toujours Celui Qui Viendra Jamais Nous Je Tire La Langue Changer Sa Vie Etre Ensemble Jimmy Voyage Jepenche encore vers la vie. Mais j’oserai tout mĂȘler danser la. OĂč l’évidence ? , foule tous mes instincts. Tous les atouts. Juste un dĂ©sir pour ne pas me trahir. Pour ne pas en souffrir, j’oserai tous les tabous. J’oserai tous les tabous. Hein hein Cest ce roman-lĂ  que nous propose Allan Bloom, et il est plus profondĂ©ment intĂ©ressant et Ă©mouvant qu'aucun roman d'amour. Allan Bloom (1930-1992), philosophe, Ă©lĂšve de Leo Strauss, fervent dĂ©fenseur des textes classiques, fut trĂšs critique du systĂšme universitaire amĂ©ricain qu'il quitta en 1970 pour aller enseigner Ă  l'Ă©tranger. Traducteur de Platon et de Rousseau, il a Consultezles meilleures paroles de chanson de Glen Medeiros comme les hits Nothing's Gonna Change My Love For You ou Un Roman D'amitiĂ© ainsi que leur traduction dans plusieurs langues sur Paroles Musique ! Traduireun roman maghrĂ©bin francophone en arabe serait-il une maniĂšre de re-territorialiser l’Ɠuvre en la restituant Ă  sa communautĂ© d’origine ? La question mĂ©rite d’ĂȘtre posĂ©e Ă  propos de la traduction en arabe de La MĂšre du printemps, le roman bien connu de Driss ChraĂŻbi. Le poĂšte et romancier, Mohamed Hmoudane, l’auteur de cette traduction parue en 2015 Ă  Tanger, aux Cest un long roman d'amitiĂ© Qui commence entre nous deux Magique adolescence OĂč tout est un jeu Quand tu prends ma main tout va bien Fais comme tu veux mais ne dis rien Une amitiĂ© qui s'Ă©lance Comme un oiseau Pas une histoire d' amour vacances Qui finit dans l'eau C'est un long roman d'amitiĂ© Qui commence entre nous deux Heartstopper une histoire d'amitiĂ© inattendue entre Nick, adolescent joyeux au sourire solaire et Charlie, timide et au sourire incertain. Ce roman graphique est accompagnĂ© de fabuleux dessins tout en douceur et rĂ©confortants. A savourer! laetitiaD (libraire Furet du Nord Arcueil) - Il y a 2 ans. gf2A. Jean-François FÜEG, Notre Ă©tĂ© 82, Weyrich, coll. Plumes du coq », 2019, 127 p., 13 €, ISBN 978-2-87489-525-8 L’amitiĂ© est un sentiment universel. Elle Ă©lĂšve l’ñme, cette immatĂ©rialitĂ© Ă  la fois solitaire et solidaire. Ainsi, l’amitiĂ© est peut-ĂȘtre la moitiĂ© de l’ñme. Elle est un alter ego, un autre que soi, Ă©gal et juste, une possible libĂ©ration de l’esprit et du corps. Elle est intangible et pure, comme l’amour. Elle est irrationnelle et non reproductible. Elle est donc immorale, car on ne peut aimer tout le monde de la mĂȘme maniĂšre. Or la morale doit s’appliquer Ă  tout ĂȘtre humain, dixit Kant. Rutebeuf s’en fout. Que sont mes amis devenus / Que j’avais de si prĂšs tenus / Et tant aimĂ©s Dixit Machiavel Les hommes hĂ©sitent moins Ă  nuire Ă  un homme qui se fait aimer qu’à un homme qui se fait craindre ; car le profit rompt les liens d’amitiĂ©, tandis que la peur d’un chĂątiment ne s’efface jamais. » L’amitiĂ© est dĂšs lors fragile, conjecturale et c’est son paradoxe on la voudrait solide Ă  toute Ă©preuve, certaine, pour ne pas dire absolue. Notre Ă©tĂ© 82, le rĂ©cit de Jean-François FĂŒeg, rĂ©flĂ©chit Ă  tout cela, car pour lui, l’amitiĂ© est morte il y a quarante ans, pendant l’étĂ© 82. Il se souvient de tout et de tous. Ses potes, ses copains, les soirĂ©es, la bande originale et sa tribu, notamment du mouvement de jeunesse. Il raconte sa faim d’un ami, sa soif en cet idĂ©al poursuivi, un peu malgrĂ© lui, toute sa vie
 J’avais transfĂ©rĂ© mon trop-plein affectif sur ces types-lĂ  et quelques autres. Il me semblait qu’avec eux il Ă©tait possible de construire une relation que, faute de mieux, je qualifiais de profonde » ou vraie ». 
 Cette utopie m’a poursuivi inconsciemment, jusqu’à l’ñge adulte. Le rĂ©cit passe en revue le prĂ©nom de tous et les circonstances qui ont fait qu’aucun n’a traversĂ© sa vie de part en part ; partis pour de nouvelles aventures. Ce n’est la faute de personne, pas mĂȘme la vie. Quoique l’amitiĂ©, c’est peut-ĂȘtre la vie. Elle n’en serait pas un satellite, elle en serait la chose-mĂȘme, et par lĂ  une fatalitĂ©, une rĂ©alitĂ© mortelle, naturelle. Ceci rejoint son caractĂšre universel. Elle existe partout, toujours. Rutebeuf en doute. Ils ont Ă©tĂ© trop clairsemĂ©s / Je crois le vent les a ĂŽtĂ©s / L’amour est morte Au moment de lire les souvenirs de l’auteur, pas exhibitionniste du tout, particuliĂšrement pudique au contraire, le lecteur se reconnait dĂšs la couverture du livre une photo passĂ©e et chaotique de cinq amis, bras et jambes dessus dessous. Il ne faut pas fouiller beaucoup pour trouver chez soi une prise de vue similaire, dĂ©colorĂ©e d’adolescents Ă©chevelĂ©s. Et puis, le rĂ©cit est si fluide, l’écriture si claire et sincĂšre qu’on voudrait se mettre Ă  raconter aussi. C’est Ă©vident, l’auteur et le lecteur ont vĂ©cu, Ă  leur façon et peu de choses prĂšs, les mĂȘmes doutes, les mĂȘmes joies, les mĂȘmes dĂ©ceptions. Les dĂ©tails changent, mais le rĂ©sultat est identique. Ils font les anecdotes, le centre de la vie de chacun, mais le drame est partagĂ© par tous. C’est cela qui rend le rĂ©cit de Jean-François FĂŒeg Ă  la fois unique et universel, attachant et rĂ©sonnant. Il interpelle forcĂ©ment et il interroge sĂ»rement. Rutebeuf aussi. Ce sont amis que vent me porte / Et il ventait devant ma porte / Les emporta Finalement, l’auteur parvient Ă  expliquer l’amour et l’amitiĂ©, leur finitude, leur congruitĂ© irrĂ©mĂ©diablement Ă©goĂŻste Je n’aimais pas C., j’aimais aimer. » Et ĂȘtre aimĂ©. Tito Dupret Sometimes I think of me and you And every now and then I think We'll never make it through We go through some crazy times And there are times I wonder if I'll be losin' you But I never do Oh my friend you give me a reason To keep me here believin' That we'll always be together this way And you know my friend you give me the reason To make me stay And even through the longest night the feeling survives Seems that I can just look at you And I find the reason in your eyes Tu sais il me faudra encore du temps Pour ĂȘtre sĂ»re d'aimer quelqu'un et de l'aimer vraiment On a toute la vie devant nous Mais garde bien tes sentiments Et puis surtout Écris-moi souvent Un roman d'amitiĂ© Qui s'Ă©lance comme un oiseau Pas une histoire d'amour vacances Qui finit dans l'eau C'est un long roman d'amitiĂ© Qui commence entre nous deux Magique adolescence OĂč tout est un jeu Quand tu prends ma main tout va bien Fais comme tu veux mais ne dis rien Une amitiĂ© qui s'Ă©lance Comme l'envol d'un oiseau Pas un amour vacances Qui finit dans l'eau C'est un long roman d'amitiĂ© Qui commence entre nous deux Magique adolescence OĂč tout est un jeu Une amitiĂ© qui s'Ă©lance Comme l'envol d'un oiseau Pas un amour vacances Qui finit dans l'eau C'est un long roman d'amitiĂ© Qui commence entre nous deux Magique adolescence OĂč tout est un jeu And you know when you look at me You'll find the reason in my eyes Quand tu prends ma main Quand tu prends ma main Fais comme tu veux mais ne dis rien Paroles2Chansons dispose d’un accord de licence de paroles de chansons avec la SociĂ©tĂ© des Editeurs et Auteurs de Musique SEAM Bonjour Monsieur Elstir. », trois mots seulement qui pourtant illustrent si prĂ©cisĂ©ment les liens qui peuvent unir l’art et la littĂ©rature, la peinture et l’écriture, le peintre et l’écrivain, Paul-CĂ©sar Helleu 1859-1927 et Marcel Proust 1871-1922. Ces quelques paroles, Marcel Proust les aurait eues Ă  propos de Paul-CĂ©sar Helleu ; l’écrivain venu faire une visite impromptue Ă  son ami peintre une soirĂ©e durant l’annĂ©e 1918 ou 1919. Fig. 1 Paul-CĂ©sar Helleu 1859-1927, Proust sur son lit de mort, 1922, pointe sĂšche, 41,1×59,8cm, collection particuliĂšre, © APCH. Dans cet article paru dans La Gazette des beaux-arts portant le mĂȘme nom que cette courte citation, la fille du peintre, Paulette Howard-Johnston nĂ©e Helleu rapporte de nombreux faits avec ses yeux d’enfants puis de jeune femme, tĂ©moigne sur ce qu’elle a vĂ©cu et dĂ©peint finalement la nature des rapports qui ont scellĂ© le devenir de ces deux hommes ensemble. En quoi la fiction de l’écrivain Marcel Proust avec son personnage d’Elstir rejoint ou s’éloigne au contraire de la rĂ©alitĂ©, Ă  savoir son amitiĂ© avec le peintre Paul-CĂ©sar Helleu ? S’agissait-il d’une amitiĂ© strictement intellectuelle, formelle, distante mĂȘme, du fait de leurs professions respectives et de leurs diffĂ©rentes rencontres lors de rĂ©ceptions et mondanitĂ©s ? À en croire l’intitulĂ© ci-dessous de cette pointe sĂšche de Paul-CĂ©sar Helleu, Proust sur son lit de mort, datĂ©e de 1922, il peut dĂ©jĂ  ĂȘtre avancĂ© l’idĂ©e selon laquelle leur amitiĂ© dĂ©passait le cadre festif et intellectuel pour venir s’ancrer dans des rapports plus profonds, plus intimes et plus complexes, au point que le peintre et ami de l’écrivain puisse venir reprĂ©senter Marcel Proust expirant son dernier souffle
 Au travers de ces diffĂ©rentes rĂ©fĂ©rences bibliographiques citĂ©es ci-dessous et de quelques arguments Ă©voquĂ©s, il semble alors possible d’approfondir quelque peu, sans toutefois prĂ©tendre Ă  l’exhaustivitĂ©, l’amitiĂ© de ce trio Marcel Proust avec Paul-CĂ©sar Helleu, et
 Elstir ? Elstir est supposĂ© ĂȘtre la contraction de deux noms, ceux de Paul-CĂ©sar Helleu et de James Whistler 1834-1903, selon les propos tenus par sa fille, Paulette Howard-Johnston. Il incarne la figure du peintre dans les volumes d’À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust. Comme Marcel Proust avait fixĂ© Paul-CĂ©sar Helleu dans ses Ă©crits en la personne d’Elstir, malheureusement, Helleu ne parviendra Ă  le faire pour Marcel Proust que sur son lit de mort. Madame CĂ©leste Albaret, la gouvernante de Marcel Proust, relate justement cet Ă©pisode Ce mĂȘme dimanche, vers deux heures de l’aprĂšs-midi, Ă  la demande du professeur Robert Proust, le peintre Helleu, que Mr Proust aimait beaucoup et qui, Ă  cette Ă©poque, avait dĂ» renoncer Ă  la peinture en raison de sa vue, vint faire une pointe sĂšche. Il me dĂ©clara qu’il allait mettre toute son Ăąme Ă  ce portrait ». À ce propos, Anne Borel cite RenĂ© Gimpel, l’auteur de l’ouvrage biographique, Journal d’un collectionneur. Marchand de tableaux, dans lequel celui-ci tĂ©moigne d’une discussion qu’il a eu avec Paul-CĂ©sar Helleu au sujet du portrait de Marcel Proust rĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ© qu’il venait de rĂ©aliser. Helleu fait en quelque sorte l’éloge du cadavre Oh ! Comme c’est horrible, mais comme il Ă©tait beau ! Je l’ai fait mort comme un mort. Il n’avait pas mangĂ© depuis cinq mois, sauf du cafĂ© au lait. Vous ne pouvez-vous imaginer comme ce peut ĂȘtre beau, le cadavre d’un homme qui n’a pas mangĂ© depuis ce temps-lĂ  ; tout l’inutile a fondu. Ah ! il Ă©tait beau, une belle barbe noire, drue. Son front, Ă  l’ordinaire fuyant, s’était bombĂ©. » Tout l’inutile a fondu », voilĂ  des mots poignants et Ă©mouvants pour qualifier le ressenti du peintre Ă  l’égard de son ami Marcel Proust, prĂ©sent Ă  ses cĂŽtĂ©s le lendemain de son dĂ©cĂšs, le 19 novembre 1922. Marcel Proust, en tant qu’homme de son temps, a surement trouvĂ© en cette personnification du peintre dans ses romans d’À la recherche du temps perdu le moyen de dĂ©peindre une forme de synthĂšse de diffĂ©rentes personnalitĂ©s qu’il a cĂŽtoyĂ© tout au long de sa vie. NĂ©anmoins, il semble tout de mĂȘme en donner une dĂ©finition assez prĂ©cise de sa physionomie, celle d’Elstir, dont les traits pourraient ĂȘtre caractĂ©ristiques de ceux de Paul-CĂ©sar Helleu Un homme de grande taille, trĂšs musclĂ©, aux traits rĂ©guliers, Ă  la barbe grisonnante, mais de qui le regard songeur restait fixĂ© avec application dans le vide. » Fig. 2 Anonyme, Paul-CĂ©sar Helleu posant en fumant un cigare, 1920, photographie argentique, collection particuliĂšre, © APCH. En 1931, Henry Bidou nous remĂ©more cette brĂšve description d’Helleu, dans sa rubrique Le souvenir d’Helleu », parue dans le journal Le Temps, qui n’est pas sans rappeler quelques similitudes pouvant ĂȘtre effectuĂ©es avec les propos de Marcel Proust dans son roman Un grand homme mince et brun [
] beau comme un pirate arabe. Le creux des orbites enveloppait d’ombre un regard flamboyant. L’extraordinaire Ă©lĂ©gance du masque, la sĂ©cheresse bronzĂ©e du visage, l’arĂȘte du nez, la barbe fine, tout concourait Ă  cette impression de prince sarrasin ». Ce qui est certain, c’est que le narrateur prĂ©cise que Elstir a eu de l’influence sur lui Mme de SĂ©vignĂ© est une grande artiste de la mĂȘme famille qu’un peintre que j’allais rencontrer Ă  Balbec et qui eut une influence si profonde sur ma vision des choses, Elstir ». Que ce soit fiction ou rĂ©alitĂ©, il apparaĂźt clairement que ce qu’incarne Elstir dans les romans de Marcel Proust a marquĂ© l’écrivain dans sa vie, et ce, au-delĂ  du champ de l’art ou de la peinture. Un autre point mĂ©rite une certaine attention, en ce qu’il justifie lĂ -encore du rapprochement qu’il est possible de faire avec Helleu c’est l’épouse d’Elstir, Madame Elstir. Il y est fait mention au sujet de ses toilettes et sa coquetterie Les robes de Mme Elstir passaient inaperçues aux yeux de quelqu’un qui n’avait pas le goĂ»t sĂ»r et sobre des choses de la toilette. » Le narrateur rebondit d’ailleurs en prĂ©cisant que, contrairement Ă  lui, Elstir possĂšde ce goĂ»t, dĂ©jĂ  par rapport Ă  son Ă©pouse, mais plus gĂ©nĂ©ralement concernant l’art et la peinture en particulier les choses Ă©lĂ©gantes mais simples qui emplissaient son atelier Ă©taient des merveilles longtemps dĂ©sirĂ©es par lui, qu’il avait suivies de vente en vente, connaissant toute leur histoire, jusqu’au jour oĂč il avait gagnĂ© assez d’argent pour pouvoir les possĂ©der ». Jacques-Émile Blanche 1861-1942, son ami et biographe, confirme ce goĂ»t, que ce soit concernant son Ă©pouse, mais surtout concernant l’art, et rapporte au sujet de Paul-CĂ©sar Helleu Helleu va crĂ©er une mode française qui influera, pendant plus de vingt ans, jusque sur le style des hĂŽtels particuliers, les jardins, et la disposition de nos appartements bourgeois. Son goĂ»t, en cela, fait date ». Concernant les femmes, il s’avĂšre que Marcel Proust souligne chez Elstir son intĂ©rĂȘt vif voire obsessionnel C’est qu’avec mes amies nous Ă©tions quelquefois allĂ©s voir Elstir, et les jours oĂč les jeunes filles Ă©taient lĂ , ce qu’il avait montrĂ© de prĂ©fĂ©rence, c’était quelques croquis d’aprĂšs de jolies yachtswomen ou bien une esquisse prise sur un hippodrome voisin de Balbec. » Proust poursuit d’ailleurs son argumentaire sur le dĂ©sir fĂ©minin qui habite le peintre Elstir. Il alterne son propos, entre les hippodromes et la vie nautique en bord de mer, confiant au lecteur que le peintre apprĂ©cie la vue des femmes. Il apprĂ©cie les femmes au point qu’elles deviennent pour lui de vĂ©ritables sources d’inspiration il y avait des femmes d’une extrĂȘme Ă©lĂ©gance, dans une lumiĂšre humide, hollandaise, [
] Ah ! que j’aurais aimĂ© la rendre ; je suis revenu de ces courses, fou, avec un tel dĂ©sir de travailler ! » Fig. 3 Paul-CĂ©sar Helleu 1859-1927, Mme Helleu sur l’Étoile, 1898, huile sur toile, 81,3×65,1cm, collection particuliĂšre, © Sotheby’s New York. Quelques pages plus loin, l’auteur de cette réédition, EugĂšne Nicole a annotĂ© un passage intĂ©ressant en l’associant avec l’une des toiles de Paul-CĂ©sar Helleu, Mme Helleu sur son yacht, une Ɠuvre prĂ©sente dans le catalogue de l’exposition Proust et les peintres, une exposition qui s’est tenue au musĂ©e de Chartres en 1991 Les toilettes des femmes sur un yacht, c’est la mĂȘme chose ; ce qui est gracieux, ce sont ces toilettes lĂ©gĂšres, blanches et unies, en toile, en linon, en pĂ©kin, en coutil, qui au soleil et sur le bleu de la mer font un blanc aussi Ă©clatant qu’une voile blanche. » AprĂšs avoir essayĂ© de montrer en quoi Elstir prĂ©sente des similitudes importantes avec Paul-CĂ©sar Helleu, il y a ce passage quelque peu dĂ©routant oĂč Marcel Proust implique directement Helleu dans le rĂ©cit, mais pour le dissocier et le distinguer d’Elstir Il y a de tout le monde lĂ -dedans. Il restitue la grĂące du XVIIIe, mais moderne, dit prĂ©cipitamment Saniette, tonifiĂ© et remis en selle par mon amabilitĂ©. Mais j’aime mieux Helleu. – Il n’y a aucun rapport avec Helleu, dit Mme Verdurin. – Si, c’est du XVIIIe siĂšcle fĂ©brile. C’est un Watteau Ă  vapeur, et il se mit Ă  rire. » Il convient donc d’affirmer que Marcel Proust se sert d’Elstir comme d’un rĂ©ceptacle pour venir y asseoir vĂ©ritablement l’image du peintre personnifiĂ©. Cependant, il s’appuie en particulier d’un exemple parlant pour l’auteur, s’agissant de son ami le peintre Paul-CĂ©sar Helleu, Ă  qui il confĂšre d’importantes similitudes, aussi bien physiques que psychologiques et personnelles. L’amitiĂ© qui unit Paul-CĂ©sar Helleu et Marcel Proust naĂźt des diffĂ©rents salons auxquels ils sont conviĂ©s, mais Ă©galement des rĂ©ceptions que donne Robert de Montesquiou, qui les a fait se rencontrer en 1894/1895. Ils entretiennent des rapports amicaux, au point qu’une de leurs rencontres est racontĂ©e par CĂ©leste Albaret, expliquant un moment informel passĂ© entre les deux protagonistes en 1908, dans le parc du chĂąteau de Versailles, Marcel Proust s’étant fait conduire par son chauffeur S’était fait arrĂȘter devant un endroit oĂč, justement, un homme, accompagnĂ© d’une jeune personne, Ă©tait postĂ© avec son chevalet pour rendre le paysage sur sa toile. C’étaient Helleu et sa fille. Et M. Proust s’était trouvĂ© bien pris au dĂ©pourvu ; car, comme d’habitude en pareil cas, lorsqu’il dĂ©cidait soudain ce genre de sortie avec Odilon [son chauffeur], il ne s’habillait pas, ne se rasait pas ; [
] Finalement, il Ă©tait descendu de voiture et il avait parlĂ©Ì un long moment au peintre et Ă  Mlle Helleu. Peu de temps aprĂšs, il avait vu arriver boulevard Haussmann la peinture en question, achevĂ©e et montĂ©e dans un magnifique cadre ancien sculptĂ©. Il l’avait renvoyĂ©e avec une lettre expliquant que c’était bien trop beau pour que Helleu lui en fit cadeau. » Marcel Proust rĂ©pond de sa verve Ă  Helleu concernant ce cadeau Je suis stupĂ©fait de la grandeur de votre gĂ©nĂ©rositĂ©, je vous trouve sublime, vous avez le grand cƓur de Rubens, de tous les grands artistes. » L’écrivain poursuit son propos en expliquant Ă  Paul-CĂ©sar Helleu ĂŽ combien il est touchĂ© par le prĂ©sent de son ami, mais qu’il se sent Ă©galement fort gĂȘnĂ©. Il souhaite compenser son sentiment de culpabilitĂ© qui l’habite d’accepter un si beau cadeau Ă  ses yeux en lui achetant la toile. Pour Marcel Proust, la vĂ©ritable gĂ©nĂ©rositĂ© de Paul-CĂ©sar Helleu serait de lui laisser acheter la peinture. DerriĂšre ce prĂ©texte du cadeau, il est possible d’y voir un respect profond et rĂ©ciproque qui anime les deux protagonistes. Ému, c’est avec bienveillance que Marcel Proust ne peut se rĂ©soudre Ă  accepter l’Ɠuvre Mais si vous me permettez de payer la rançon de sa captivitĂ©, jamais esclave d’une beautĂ© merveilleuse n’aura reçu plus de respect et d’adoration. Il y a quelquefois une suprĂȘme dĂ©licatesse Ă  condescendre aux scrupules d’autrui. En me permettant cette solution, vous seriez mĂȘme plus grand, plus gĂ©nĂ©reux que vous n’ĂȘtes. CĂ©leste Albaret conclue en prĂ©cisant Mais le tableau Ă©tait revenu, cette fois avec la mention signĂ©e À mon ami Marcel Proust » pour qu’il ne pĂ»t pas la refuser ». Ainsi, Paul-CĂ©sar Helleu tĂ©moigne avec cette toile son amitiĂ© Ă  Marcel Proust de la mĂȘme maniĂšre que le portrait qu’il fait de lui sur son lit de mort en signe de respect, il lui rend hommage de son vivant avec cette toile, mais Ă©galement aprĂšs son dĂ©cĂšs avec ce portrait rĂ©alisĂ©, ne retenant que le meilleur de leur vĂ©cu puisque tout l’inutile a fondu ». Presque trente ans d’amitiĂ© entre les deux hommes, autant d’échanges, de correspondances, de visites, de mondanitĂ©s, alternant Ă  la fois entre un cadre plus formel et l’intimitĂ© de leurs rapports, choisissant presque comme il a Ă©tĂ© Ă©voquĂ© prĂ©cĂ©demment leur art respectif comme un mode de communication propre Ă  eux, binaire, non pas universel, mais seulement personnel. C’est en quelque sorte dans cette interdĂ©pendance de l’art et de la littĂ©rature qui unit ces deux figures que se trouve une frontiĂšre si mince que les deux protagonistes trois si Elstir est considĂ©rĂ© comme un personnage Ă  part entiĂšre arrivent Ă  surpasser, au-delĂ  des seules bornes marquant leurs arts respectifs, pour venir y asseoir un langage propre Ă  eux, enrichi par la connaissance de l’autre, oĂč rien ne serait parvenu jusqu’à nous sans les rĂ©cits et tĂ©moignages de leurs proches. Autrement dit, lĂ  oĂč l’écrivain utilise les mots pour ancrer son ami dans ses rĂ©cits, Paul-CĂ©sar Helleu, lui, le remercie au moyen d’une toile. C’est une amitiĂ© basĂ©e sur un troc d’une certaine maniĂšre, reconnue seulement comme monnaie d’échange » par ceux qui l’ont Ă©tabli, Ă  savoir Marcel Proust et Paul-CĂ©sar Helleu, mais comprise et diffusĂ©e oralement par les gens qui les ont connus. Adrien Gouffray, Master 2 Histoire de l’art _________________________________________________________________ Bibliographie Sophie Monneret, L’impressionnisme et son Ă©poque, dictionnaire international noms propres de A Ă  T, Éditions DenoĂ«l, Paris, 1979. Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, Gallimard, Paris, 1988. Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Le Livre de Poche Classiques, Paris, 1992. FrĂ©dĂ©rique de Watrigant et alii, Paul-CĂ©sar Helleu, Somogy Ă©ditions d’art, Paris, 2014. Paulette Howard-Johnston, Bonjour M. Elstir », in La Gazette des beaux-arts, avril 1967, n°1179, p. 247- 250. _________________________________________________________________ Texte Ă©ditĂ© par Kheira Ardennes M2 Histoire de l’art, membre du comitĂ© de lecture Investigatio